La Fondation pour le logement des défavorisés a annoncé mercredi qu’elle s’associe au recours déposé contre l’État pour obtenir des mesures d’adaptation au changement climatique plus ambitieuses. L’enjeu est concret : les associations disent que le plan actuel ne protège ni les populations les plus fragiles ni les logements les plus exposés — et demandent au Conseil d’État d’agir.
Un recours élargi par une voix du logement
En juin 2025, plusieurs ONG et onze citoyens ont saisi le Conseil d’État après la présentation, en mars, du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique. Les requérants jugeaient ce plan insuffisant face aux scénarios climatiques envisagés pour la fin du siècle.
La Fondation, anciennement Abbé Pierre, a choisi d’intervenir dans la procédure pour porter un éclairage spécifique sur le logement et les personnes mal-logées, en invoquant des arguments techniques et sociaux rarement défendus dans ce type d’affaire.
Quels risques sont en jeu ?
Selon la Fondation, une série de phénomènes climatiques va accroître les dégâts si l’adaptation n’est pas accélérée :
- Cyclones et tempêtes
- Inondations et submersions marines
- Érosion côtière
- Canicules et îlots de chaleur
- Feux de forêt
- Retrait-gonflement des argiles (RGA)
La Fondation alerte sur l’ampleur des conséquences matérielles et humaines : perte de logement, impossibilité de relogement décent, et augmentation des inégalités territoriales.
Des chiffres pour mesurer l’exposition
Les associations présentent des estimations qui visent à rendre l’enjeu tangible pour les pouvoirs publics.
- 1 habitant sur 4 vit en zone inondable.
- 450 000 logements menacés par le recul du trait de côte d’ici 2100.
- 1/3 des logements se transforment en « bouilloires » pendant les vagues de chaleur.
- Plus de la moitié des maisons sont concernées par le risque de RGA.
Territoires et publics les plus vulnérables
La fondation insiste sur le caractère inégal de l’exposition : les outre-mer, déjà frappés par des phénomènes intenses, les personnes sans-abri, les habitants de bidonvilles, ainsi que de nombreux propriétaires modestes sont, selon elle, « laissés pour compte » si la politique d’adaptation reste telle quelle.
Pour ces publics, la mise en œuvre d’actions locales — relocalisation, rénovation énergétique, protections contre les inondations — est souvent rendue impossible par l’absence de financements ciblés et d’un cadre national contraignant.
Ce que réclame la Fondation
À travers son intervention, la Fondation appelle à une refonte des politiques publiques du logement pour intégrer de façon systématique les risques climatiques et les disparités sociales. Elle demande notamment :
- Que l’adaptation tienne compte du droit au logement et des inégalités territoriales.
- Des mesures de protection et d’accompagnement pour les ménages les plus exposés.
- Des actions concrètes pour les territoires d’outre-mer.
Sur le plan judiciaire, l’intervention de la Fondation vise à enrichir le dossier présenté au Conseil d’État : si la juridiction reconnaît la carence de l’État, cela pourrait ouvrir la voie à des obligations renforcées en matière d’adaptation et de protection des populations vulnérables.
Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’actions menées par des ONG contre l’inaction climatique; sa portée dépendra désormais des décisions du Conseil d’État et, ensuite, de la capacité des pouvoirs publics à traduire une éventuelle condamnation en mesures opérationnelles.
Avec AFP.
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