À Abidjan, des groupes de jeunes se mobilisent pour dégager caniveaux et trottoirs de montagnes d’ordures, un geste simple qui révèle des enjeux de santé publique, d’urbanisme et d’image internationale. À l’approche des pluies, ces actions prennent une importance accrue : des drains bouchés signifient des rues inondées et des risques accrus pour les habitants.
Dans le quartier populaire d’Attécoubé, une dizaine de bénévoles armés de pelles et de râteaux s’affairent un dimanche, attirant voisins et curieux. À l’origine de cette initiative : l’association locale « Clean street », fondée il y a un an par Mickaël Yao, 22 ans, qui met en scène son travail sur les réseaux sociaux pour influer sur les comportements.
Nettoyer pour convaincre
Les images publiées par le jeune homme, suivies par près de 50 000 internautes sur TikTok, montrent des caniveaux obstrués par bouteilles, sacs plastiques, restes alimentaires et gravats. Ces débris empêchent l’évacuation des eaux pluviales et favorisent les inondations lors des épisodes pluvieux.
Sur place, certains passants rejoignent spontanément l’effort ; d’autres restent sceptiques, se demandant si les volontaires ne cherchent pas une reconnaissance financière. Mickaël, qui passe actuellement son baccalauréat en candidat libre, explique s’être senti interpellé après des voyages au Ghana et au Bénin où certains quartiers semblent mieux organisés.
Causes, conséquences, pistes d’action
- Causes : usage massif du plastique, manque de poubelles de proximité, habitudes de jeter les déchets sur la voie publique.
- Conséquences : risques sanitaires (enfants jouant pieds nus près des caniveaux), perturbation de la collecte, inondations urbaines.
- Actions proposées : campagnes de sensibilisation, renforcement des points de collecte, application des interdictions sur les sachets plastiques, mix de pédagogie et de sanctions.
Certains riverains pointent aussi la responsabilité des services de collecte : « Parfois, les équipes balaient et poussent les détritus dans les caniveaux au lieu de les enlever », confie un habitant. D’autres soulignent la distance à parcourir pour atteindre la benne la plus proche, facteur d’abandon des déchets sur la voirie.
Entre initiatives citoyennes et politiques publiques
La régulation du ramassage à Abidjan est assurée par l’Agence nationale de gestion des déchets (Anaged) qui délègue l’opération à des entreprises privées. Selon l’Anaged, la métropole produit au moins 4 500 tonnes d’ordures ménagères chaque jour, un volume difficile à absorber sans infrastructures adaptées.
Sarrahn Ouattara, la directrice générale de l’Anaged, reconnaît des progrès — la vaste décharge d’Akouédo a été requalifiée en parc urbain et les déchets sont désormais traités dans un centre d’enfouissement moderne en périphérie — mais insiste sur la nécessité d’un comportement citoyen plus responsable et sur l’application effective d’un décret de 2013 interdisant les sachets plastiques, difficile à faire respecter sur le terrain.
Pour les jeunes de Clean street, l’objectif est double : améliorer la santé locale — notamment celle des enfants qui jouent près des caniveaux — et soigner l’image de la ville auprès des visiteurs ou investisseurs potentiels. « Si la propreté change, tout le reste devient plus accessible », résume une militante de l’association.
À court terme, les experts et acteurs locaux proposent une combinaison de mesures concrètes :
- Multiplier les points de collecte et optimiser les circuits de ramassage.
- Lancer des campagnes ciblées d’éducation civique dans les quartiers et les écoles.
- Renforcer les contrôles et sanctionner le non-respect des interdictions sur le plastique.
- Soutenir les initiatives citoyennes pour créer un effet d’entraînement social.
Le défi reste d’ampleur : Abidjan est une métropole en forte croissance et la tension entre urbanisation rapide et services publics insuffisants se traduit quotidiennement dans la gestion des déchets. Les actions locales, visibles et médiatisées, montrent cependant qu’un changement de comportement est possible et qu’il aura des effets immédiats sur la santé et la résilience de la ville face aux pluies saisonnières.
(AFP)
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