Présentée au festival Séries Mania le 24 mars, la fiction belge The Best Immigrant transfigure le débat sur l’immigration en un programme télévisé cauchemardesque : dans une Flandre dirigée par un parti d’extrême droite, le droit de rester se gagne à l’antenne. Cette dystopie arrive bientôt sur France Télévisions après une sortie sur la plateforme belge Streamz — et son propos résonne avec les tensions politiques actuelles.
La projection des deux premiers épisodes, suivie d’une ovation soutenue, a confirmé l’impact de la série sur un public conquis. Le récit suit Jamal et Muna, un couple d’origine étrangère pris dans des rafles et détenu en vue d’expulsion. Pour échapper à l’expulsion, ils se retrouvent invités à participer à une émission où le prix n’est pas de l’argent mais un permis de séjour.
Un jeu télé maquillé en réalité politique
L’idée est simple et glaçante : dans cette réalité alternative, l’autorité impose que seuls les « meilleurs » immigrés puissent rester. Les candidats doivent démontrer une connaissance intime du pays — langue, géographie, histoire, culture populaire et exploits sportifs — sous l’œil d’une production qui soigne chaque détail pour paraître crédible.
La mise en scène emprunte au lexique audiovisuel contemporain : générique entraînant, jingles accrocheurs, éclairages travaillés et multiplications d’angles de caméra qui donnent l’illusion d’un véritable programme grand public. La série s’inspire aussi des codes viraux de plateformes comme YouTube pour façonner ses épreuves, rendant certaines séquences encore plus insoutenables que celles de précédentes fictions de survie.
- Date de présentation : 24 mars, Séries Mania (Panorama International).
- Diffusion : bientôt sur France Télévisions après une mise en ligne sur Streamz (Belgique).
- Épisodes montrés : 2 sur 5.
- Enjeu du jeu : obtenir un permis de séjour ; l’erreur se paie par l’expulsion.
- Ton : dystopie réaliste, ancrée dans des préoccupations contemporaines.
Contrairement aux fictions où l’échec entraîne la mort, la sanction ici est l’éloignement forcé — une perspective moins spectaculaire mais moralement plus lourde. L’émission, présentée comme « familiale » par ses auteurs et producteurs au sein de la série, use volontairement d’une façade consensuelle pour normaliser des pratiques inhumaines.
Interprétations et enjeux humains
Au centre du dispositif dramatique, la performance de Jennifer Heylen frappe par sa vérité. Elle incarne Muna, professeure de néerlandais et militante contre les mutilations sexuelles, pour qui un retour au Soudan du Sud équivaudrait à une condamnation. À ses côtés, Farouk Ben Ali prête à Jamal une présence discrète mais bouleversante : leur couple ancre l’histoire dans une émotion tangible.
La série évite la caricature et multiplie les angles — de l’animateur complice mais xénophobe aux rouages de production qui manipulent les images pour susciter l’empathie du public —, offrant un miroir inquiétant de la façon dont les médias peuvent être instrumentalisés.
Pour les spectateurs français, le rendez-vous est proche mais l’attente promet d’être lourde : les deux épisodes projetés suffisent à laisser une empreinte vive, et la suite — trois épisodes restants — devra confirmer l’ambition et la cohérence du propos.
Au-delà du choc esthétique et dramatique, The Best Immigrant pose une question immédiate : que se passe-t-il quand la télévision devient le bras armé d’une politique d’exclusion ? Cette hypothèse, désormais fictionnelle sur nos écrans, apparaît comme un avertissement sur la fragilité des droits face aux discours populistes.
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