Une équipe européenne révèle une faiblesse inattendue du glioblastome : le corticoïde couramment prescrit, la dexaméthasone, réoriente profondément le métabolisme tumoral et expose la tumeur à une dépendance nutritionnelle exploitable. Cette découverte, publiée dans Science Advances, ouvre la voie à une stratégie adjuvante fondée sur une restriction ciblée en nutriment — une piste qui pourrait modifier la prise en charge à court terme si elle se confirme en clinique.
Comment un anti-inflammatoire change le « métabolisme » de la tumeur
Des chercheurs de cinq pays européens, incluant le Cancer Research UK Scotland Institute, ont étudié l’effet de la dexaméthasone sur treize lignées de cellules de glioblastome exposées à des concentrations proches de celles utilisées chez les patients. Leur objectif : dépasser l’usage symptomatique du corticoïde (réduction de l’oedème cérébral) pour comprendre ses effets directs sur les cellules tumorales.
Au plan moléculaire, la dexaméthasone active son récepteur aux glucocorticoïdes, qui migre vers le noyau. Les auteurs notent une régulation à la baisse du récepteur lui‑même, signe d’un mécanisme d’autorégulation. Plus surprenant, le traitement pousse les cellules cancéreuses vers un profil métabolique plus proche de celui des astrocytes, les cellules non tumorales du cerveau.
Glutamate, glutamine et vitamine B3 : le basculement métabolique
Les analyses métaboliques montrent que les cellules tumorales, sous dexaméthasone, consomment massivement le glutamate : en quelques heures il disparaît presque complètement du milieu de culture. En parallèle, la sécrétion de glutamine augmente, reflétant une activation de la glutamine synthétase.
Ce remaniement conduit à un point nodal lié à la vitamine B3. L’enzyme NNMT (N‑méthyltranférase des nicotinamides) voit son expression montée en flèche après exposition au corticoïde, entraînant l’accumulation d’un métabolite spécifique, le N1‑méthylnicotinamide. L’inhibition de NNMT supprime cette accumulation, confirmant son rôle central dans la reprogrammation métabolique.
- Consommation accrue : le glutamate devient une source énergétique majeure sous traitement.
- Activation enzymatique : hausse de l’activité de la glutamine synthétase et de l’NNMT.
- Impact sur les capacités de méthylation : le ratio SAM/SAH diminue, indiquant une réduction du potentiel de méthylation cellulaire.
- Dépendance nutritionnelle : la baisse de la capacité de méthylation s’accentue dans un environnement pauvre en méthionine.
Preuves in vivo et chez l’humain
La traduction clinique de ces mécanismes a été testée à plusieurs niveaux. Trois patients ont reçu du nicotinamide marqué avant chirurgie : l’analyse des tumeurs opérées a révélé une conversion marquée en N1‑méthylnicotinamide, attestant d’une activité NNMT élevée au sein des tissus tumoraux.
Dans des modèles murins portant des greffes dérivées de patients, la dexaméthasone ralentit la progression tumorale et réduit la proportion de cellules en prolifération (marquée par Ki67). Les chercheurs ont ensuite combiné le corticoïde à un régime alimentaire pauvre en méthionine : après trois semaines, le volume tumoral a diminué de 28 % par rapport au groupe témoin, et l’index Ki67 a chuté de 35 % lorsque le régime était associé au traitement.
Pourquoi cela compte pour les patients aujourd’hui
Le glioblastome reste l’un des cancers cérébraux les plus agressifs et peu d’options nouvelles ont démontré un bénéfice net ces dernières années. Ici, un médicament déjà largement utilisé pourrait, en reprogrammant le métabolisme tumoral, créer une fragilité exploitable via une intervention nutritionnelle simple en apparence.
Il ne s’agit pas d’un traitement établi : les résultats proviennent principalement d’études précliniques et de tests pharmacocinétiques limités chez l’humain. Mais la combinaison « corticoïde + restriction en méthionine » mérite des essais contrôlés, car elle repose sur un mécanisme biochimique mesurable et sur des effets observables in vivo.
Ce qu’il reste à évaluer
Plusieurs questions doivent être tranchées avant toute application clinique :
- La tolérance et la faisabilité d’un régime pauvre en méthionine chez des patients souvent fragilisés.
- L’efficacité à long terme et l’impact sur la survie globale, au‑delà de la réduction de volume tumoral à trois semaines.
- La variabilité intertumorale : toutes les tumeurs de glioblastome n’expriment pas la même activité NNMT ou la même sensibilité métabolique.
- Les interactions possibles entre la dexaméthasone, d’autres traitements standards (radio‑ et chimiothérapie) et l’état nutritionnel du patient.
En synthèse, cette recherche identifie une vulnérabilité métabolique induite par la dexaméthasone — centrée sur la vitamine B3 et la méthionine — qui pourrait, si elle est confirmée cliniquement, devenir une piste adjuvante prometteuse pour ralentir la progression du glioblastome.
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