Les agences onusiennes tirent la sonnette d’alarme : en 2026, près de 4,5 millions de filles pourraient encore être exposées aux mutilations génitales. Un recul des financements et des résistances locales menacent les progrès accomplis et mettent en péril l’objectif d’éradication fixé pour 2030.
Un fardeau humain et économique qui reste élevé
Selon un communiqué conjoint du FNUAP, de l’UNICEF, du Haut‑Commissariat aux droits de l’homme, d’ONU‑Femmes, de l’OMS et de l’UNESCO, plus de 230 millions de filles et de femmes vivent aujourd’hui avec des séquelles liées à ces pratiques. Les conséquences vont de complications médicales graves à des traumatismes psychologiques durables, et pèsent aussi sur les systèmes de santé.
Les soins nécessaires sont loin d’être négligeables : leur coût est évalué autour de 1,4 milliard de dollars par an, une charge financière qui s’ajoute à la souffrance des victimes et aux pertes de productivité pour les sociétés concernées.
Des progrès tangibles, mais fragiles
Les dernières décennies ont permis de réduire nettement la prévalence : la part de filles exposées est passée d’environ une sur deux à une sur trois dans les pays les plus affectés. Paradoxalement, cette avancée coexiste avec un risque de stagnation, voire de recul, si les efforts ne sont pas maintenus.
Dans de nombreux pays touchés, près des deux tiers de la population se déclarent favorables à l’abandon de la pratique — un indicateur important de changement social, mais insuffisant sans politiques et financements pérennes.
Que fonctionnent réellement : les leviers identifiés
- Éducation et sensibilisation : programmes scolaires et campagnes d’information qui expliquent les risques sanitaires et juridiques.
- Mobilisation communautaire : implication des leaders religieux et des autorités locales pour modifier les normes sociales.
- Renforcement des soins : formation des professionnels de santé pour prévenir, traiter et accompagner les survivantes.
- Engagement des jeunes : réseaux de jeunes et messagers locaux qui relaient des messages crédibles.
- Médias et réseaux sociaux : diffusion ciblée d’informations pour atteindre des publics larges et diversifiés.
Les agences insistent aussi sur l’importance d’offrir un accompagnement complet aux survivantes : soins médicaux adaptés, soutien psychosocial et recours juridiques pour rompre le cycle de l’impunité.
Financer la prévention : un calcul économique probant
Les experts évaluent qu’un investissement de 2,8 milliards de dollars permettrait d’éviter 20 millions de cas et, à long terme, de générer une économie collective d’environ 28 milliards de dollars en réduisant les besoins en soins et les pertes sociales.
Malgré ce rendement clair, les financements dédiés à la prévention sont en retrait. Cette contraction menace directement les campagnes de terrain et les services de première ligne, à un moment où la fenêtre pour atteindre l’objectif 2030 se réduit.
Obstacles persistants et nouveaux risques
Outre la baisse des ressources, certains contextes enregistrent une montée de la résistance sociale et des tentatives de « médicalisation » de la pratique — c’est‑à‑dire sa réalisation par des personnels de santé sous prétexte de réduire les risques — une stratégie dénoncée par les agences comme dangereuse et contre‑productive.
Sans une réponse coordonnée et soutenue, des millions de filles supplémentaires pourraient être exposées dans les prochaines années, inversant ainsi des progrès obtenus au prix d’efforts patientiels et coûteux.
Ce qui compte aujourd’hui : maintenir et stabiliser les financements, intensifier l’action communautaire et protéger l’accès aux soins pour les survivantes afin d’empêcher un rebond du nombre de cas et de préserver la possibilité d’atteindre l’éradication d’ici 2030.
Sources : communiqué conjoint des agences onusiennes (FNUAP, UNICEF, Haut‑Commissariat aux droits de l’homme, ONU‑Femmes, OMS, UNESCO) ; estimations rapportées par l’OMS.
Par Corinne Pauline Nkondjock
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