Sorti le 29 mai sur Apple TV+, Star City transpose la rivalité spatiale au cœur de l’Union soviétique et mise sur une esthétique glacée pour raconter une uchronie où Moscou devance Washington sur la Lune. Plus qu’un simple spin-off, la série mise sur la reconstitution et la tension politique pour interroger le prix du prestige national.
Les deux premiers épisodes, découverts en avant-première à Canneséries, imposent d’emblée une atmosphère singulière : un paysage architectural massif, une neige omniprésente et une caméra qui explore chaque recoin de la « cité des étoiles ». La réalisation transforme ces décors en personnage à part entière, rendant palpable la claustrophobie d’un lieu militaire isolé.
Une esthétique au service du récit
La production s’inspire du centre d’entraînement authentique lié à Youri Gagarine pour bâtir une mini-ville perdue dans les bois, strictement contrôlée par l’État. Les plans mettent en valeur le brutalisme des bâtiments, la rigueur des couloirs, et la monotonie des espaces de vie — autant d’éléments qui servent la sensation d’écrasement politique.
Le générique, dense en détails visuels, mérite plusieurs visionnages : il distille peu à peu des indices et instaure une tension sourde. La palette froide, presque dépourvue de couleurs, et la neige permanente accentuent le sentiment d’isolement et la gravité des enjeux.
Un thriller sous haute surveillance
Structurée comme une série chorale, Star City tisse des intrigues parallèles autour des hommes et femmes du programme spatial. Au centre, un ingénieur en chef — interprété par Rhys Ifans — occupe un rôle déterminant mais reste soumis aux décisions politiques et aux craintes du KGB.
La fiction imagine que Moscou envoie la première femme sur la Lune, transformant l’exploit en outil de propagande. La novice Anastasia (Alice Englert) découvre vite que la mission ne s’arrête pas au retour sur Terre : la sécurité du régime prime sur la sécurité des cosmonautes.
Du côté des services secrets, la jeune Irina (Agnes O’Casey) grimpe les échelons en surveillant les communications et les enregistrements, tandis que Lyudmilla Raskova (Anna Maxwell Martin), à la tête du programme, pousse ses ambitions jusqu’à ébranler sa propre loyauté. Entre soupçons d’espionnage, méthodes brutales et décisions précipitées, la tension narrative ne faiblit pas.
- Contexte : Uchronie située en 1969, pendant la Guerre froide.
- Point de départ : Les Soviétiques auraient été les premiers à poser le pied sur la Lune.
- Lieux de tournage : la série a été filmée en Lituanie et jouée en anglais pour une portée internationale.
- Sortie : deux épisodes disponibles le 29 mai sur Apple TV+, puis diffusion hebdomadaire jusqu’au 10 juillet.
- Ton : thriller politique mêlé à une reconstitution historique stylisée.
La série explore aussi des questions contemporaines : comment un État instrumentalise-t-il les exploits scientifiques pour sa narration politique ? Quels compromis sont acceptés au nom de la fierté nationale ? Ces interrogations rendent l’intrigue pertinente aujourd’hui, alors que le discours sur la mémoire et la propagande reste au centre des débats publics.
Au-delà de l’action, Star City séduit par son travail de production et son sens du détail. Les amateurs de reconstitutions historiques et les spectateurs à la recherche d’un thriller lent mais serré y trouveront matière à réflexion, tandis que la mise en scène clinquante et froide devrait retenir l’attention des curieux jusqu’au dernier épisode.
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