Une enquête publiée le 21 septembre met en lumière des liens professionnels entre plusieurs auteurs du groupe chargé des stratégies de réduction des émissions et des intérêts saoudiens, dont la compagnie pétrolière Saudi Aramco. Ce constat ravive une question simple mais cruciale : la crédibilité du rôle d’expert du GIEC tient-elle quand certains contributeurs sont affiliés à des acteurs directement concernés par ses recommandations ?
Les journalistes à l’origine du travail ont passé au crible les profils et déclarations d’intérêts des 223 auteurs principaux du troisième groupe de travail du GIEC, celui qui évalue les mesures et politiques permettant d’atténuer le changement climatique. Les conclusions montrent une concentration notable de relations professionnelles avec des entités saoudiennes.
Ce que révèle l’enquête
Au total, les enquêteurs identifient vingt situations susceptibles d’entraîner des conflits d’intérêts potentiels, onze d’entre elles impliquant des organisations ou des intérêts liés à l’Arabie saoudite.

Parmi les cas les plus saillants figurent deux chercheurs employés par Saudi Aramco. L’un d’eux, Mustafa Babiker, occupe le poste de coordinateur d’un chapitre consacré aux politiques climatiques — une fonction stratégique qui organise le travail des auteurs et veille à la cohérence des contributions. Un autre, Diego Armando Moya Pinta, apparaît comme coauteur du chapitre sur les systèmes énergétiques, même si la fiche publique le rattache à l’Imperial College de Londres.
Le rapport relève aussi la présence de cinq auteurs affiliés au King Abdullah Petroleum Studies and Research Center, un think tank financé par le gouvernement saoudien et engagé dans le développement du secteur énergétique du royaume.
Enfin, certaines liaisons concernent directement des technologies au cœur des débats climatiques : Hussein Hoteit, impliqué dans les travaux sur le captage et le stockage du carbone (CCS), a participé à un projet de stockage souterrain largement financé par Aramco.
Pourquoi cela pose question aujourd’hui
La composition de ce groupe intervient alors que l’Arabie saoudite défend, dans les enceintes internationales, des solutions compatibles avec la poursuite de l’exploitation pétrolière, notamment le captage‑stockage du carbone. Or ces options sont précisément au cœur des recommandations techniques et politiques discutées dans le groupe III.
Autre point sensible : la gouvernance interne. Une des vice‑présidentes du groupe III, Malak Al‑Nory, est conseillère au ministère saoudien de l’Énergie et figurait en juin 2026 dans la délégation du royaume aux négociations climatiques de Bonn. Les vice‑présidents participent à l’examen des déclarations d’intérêts des auteurs, ce qui soulève des questions sur l’impartialité des vérifications.
- 223 auteurs principaux passés en revue.
- 20 situations jugées susceptibles de présenter un conflit d’intérêts.
- 11 cas impliquant des acteurs ou intérêts saoudiens.
- Présence confirmée de collaborateurs liés à Saudi Aramco et au King Abdullah Petroleum Studies and Research Center.
Règles internes et limites dénoncées
Le GIEC dispose d’une politique de prévention des conflits d’intérêts depuis 2011. Lors de la sélection des auteurs pour le septième cycle d’évaluation, le comité compétent n’a cependant signalé, en mars 2026, aucun conflit déclaré comme incompatible. Les contenus des déclarations et les comptes rendus des délibérations restent toutefois confidentiels, ce qui alimente les critiques.

Pour certains observateurs, cette confidentialité et la présence d’affiliations sensibles révèlent une faiblesse du dispositif de transparence plutôt qu’une accusation directe envers les chercheurs. Tzeporah Berman, engagée pour un traité de non‑prolifération des combustibles fossiles, estime que les garde‑fous en place ne suffisent pas à garantir l’intégrité de l’institution.
Du côté du GIEC, la réponse est claire : les rapports résultent d’un processus collectif, comportant plusieurs étapes de relecture, qui empêche selon l’organisation qu’une personne, une institution ou un pays n’impose seul un point de vue.
Conséquences possibles
L’enquête ne démontre pas que le contenu des rapports ait été orienté par ces liens professionnels. Elle met toutefois en évidence un hiatus entre la réalité des affiliations et l’absence de conflits officiellement reconnus — un écart susceptible d’alimenter le scepticisme public et de fragiliser l’autorité d’une instance dont l’indépendance est fondamentale pour orienter les politiques climatiques mondiales.
À court terme, la publication de ces éléments peut relancer les demandes de plus de transparence autour des déclarations d’intérêts et des procédures d’examen internes, surtout à mesure que les recommandations du groupe III gagneront en influence sur les décisions nationales et internationales.
Le septième cycle d’évaluation du GIEC se poursuit ; les débats sur la gouvernance et la transparence s’annoncent donc centraux pour maintenir la confiance dans la parole scientifique qui guide l’action climatique.
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