Au World Living Soils Forum d’Arles, Jérôme Perez, directeur mondial de la durabilité chez Nespresso, décrit comment deux décennies de travail sur le terrain ont changé sa manière de voir le café. Pour lui, la qualité et la résilience de la filière se décident loin de la tasse, dans les pratiques agricoles et la santé des sols.
Issu d’un parcours en finance et logistique, Perez a basculé il y a près de vingt ans vers la durabilité en créant le premier département dédié au sein de la marque. Parti sans équipe ni doctrine établie, il a appris en fréquentant les exploitations, en écoutant les producteurs et en construisant progressivement des initiatives concrètes.
Un contact direct avec les producteurs
Aujourd’hui, Nespresso s’approvisionne dans 18 pays et collabore avec plus de 130 000 personnes impliquées dans la culture du café. La diversité des situations — grandes plantations au Brésil ou petites parcelles en Afrique — exige des réponses adaptées plutôt qu’une stratégie uniforme.
Perez privilégie le terrain : il se déplace une dizaine de fois par an pour rencontrer agriculteurs et techniciens. Ces visites régulières nourrissent à la fois les choix opérationnels et la stratégie à long terme de l’entreprise.
- Présence terrain : une quarantaine de collaborateurs au siège et près de 750 agronomes et techniciens sur le terrain.
- Couverture : approvisionnement dans 18 pays, plus de 130 000 producteurs partenaires.
- Objectif agricole : près de 80 % du café actueld’Nespresso issu de pratiques régénératrices, cap vers la quasi-totalité d’ici 2030.
Des projets qui façonnent des filières
Parmi les expériences marquantes, Perez évoque une opération au Soudan du Sud destinée à relancer une production locale : création de coopératives, transfert de matériel et formation des acteurs. Le projet, prometteur, a dû être interrompu par la reprise des violences, mais il reste un exemple de ce que peuvent apporter des interventions de long terme sur place.
Cette collaboration a aussi laissé une empreinte humaine forte. Perez se souvient notamment d’une cheffe agronome locale dont le courage et l’engagement ont profondément influencé sa vision du soutien aux communautés productrices.
La qualité commence dans le sol
Après des années d’observations, Perez voit clairement le lien entre pratiques agricoles et profil sensoriel du café : la richesse d’un terroir se construit dans l’écosystème autour des caféiers. À ses yeux, l’« agriculture régénératrice » n’est pas une mode mais une nécessité pour restaurer la matière organique, mieux retenir l’eau et limiter l’usage d’intrants chimiques.
Il alerte sur l’état des terres : « nos sols se dégradent », dit-il, et c’est cette dégradation qui fragilise les exploitations face aux aléas climatiques. En soutenant la transition vers des systèmes plus diversifiés — arbres d’ombrage, couverts végétaux, biodiversité — l’entreprise vise à améliorer la productivité durablement tout en réduisant son empreinte.
Penser collectif pour changer d’échelle
Perez insiste sur l’idée que la transformation agricole dépasse le seul périmètre d’une entreprise. Si Nespresso agit avec ses partenaires, l’impact à grande échelle suppose des alliances entre acteurs publics, privés et coopératifs.
La stratégie qu’il porte combine interventions techniques, structuration de filières et soutien économique aux producteurs pour que ces derniers puissent vivre de leur métier. Au-delà de la qualité gustative, l’enjeu est social et climatique : renforcer la résilience des fermes face aux inondations, sécheresses et autres chocs.
Pour les observateurs de la filière café, l’approche de Perez illustre une trajectoire devenue courante dans les grandes entreprises : transition progressive d’une gestion centrée sur les indicateurs financiers vers des programmes pilotés par des données de terrain et par des objectifs environnementaux et sociaux mesurables.
La leçon qui ressort du forum est simple et concrète : améliorer une tasse de café passe par des décisions prises des années plus tôt, sur des terrains souvent éloignés des marchés et des bureaux. Et pour que ces décisions soient durables, elles doivent reposer sur des pratiques agricoles régénératrices, une rémunération juste des producteurs et une coopération étroite entre acteurs.
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