Un rapport publié lundi par l’ONG Canopée alerte sur l’affaiblissement des puits de carbone forestiers en France, un facteur clé pour atteindre la neutralité carbone en 2050. L’association pointe du doigt des choix politiques récents qui, selon elle, accélèrent la réduction de la capacité des forêts à absorber le CO2 et menacent l’équilibre climatique national.
Les puits de carbone — zones qui absorbent et stockent le gaz carbonique — jouent un rôle majeur dans la stratégie climatique française. Parmi eux, les forêts constituent le **premier contributeur**, mais leur capacité d’absorption a fortement diminué depuis le début des années 2000, d’après les estimations du Citepa, l’organisme chargé du suivi des émissions.
Trois facteurs expliquent ce recul
- Une hausse de la mortalité des arbres liée aux stress climatiques et aux maladies, qui réduit la masse végétale disponible pour stocker du carbone.
- Un ralentissement de la croissance forestière, rendant les peuplements moins efficaces dans leur rôle de puits.
- Une augmentation des prélèvements — coupes et exploitations — qui emporte chaque année une part plus importante du carbone accumulé.
Pour Canopée, ces tendances ne sont pas uniquement naturelles : une part significative résulte de décisions politiques. La dernière version de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), actuellement soumise à consultation, prévoit selon l’ONG une hausse des volumes récoltés en forêt de l’ordre de 13 % d’ici 2030. Cette trajectoire se traduirait, estime le rapport, par une dégradation du puits forestier équivalente à environ 11 millions de tonnes de CO2 supplémentaires absorbées en moins chaque année.
Le mouvement est alimenté par deux dynamiques : la demande croissante de bois pour la production d’énergie et la valorisation du bois comme solution d’atténuation des émissions. Dans ce contexte, l’utilisation accrue du bois pour les biocarburants, notamment pour l’aviation, est citée comme un facteur aggravant.
Conséquences et recommandations
Le basculement entre réduction des émissions et préservation des puits transforme un objectif gagnant-gagnant en un arbitrage risqué : augmenter les usages du bois peut compenser une partie des émissions à court terme, mais fragilise la capacité des forêts à assurer un stockage durable du carbone.
- Limiter les prélèvements forestiers pour préserver la capacité de séquestration.
- Geler ou ralentir les projets industriels qui accroissent la pression sur les massifs forestiers.
- Renforcer la prise en compte du bilan carbone réel des usages du bois, notamment pour l’énergie et les carburants.
Canopée appelle les décideurs à réviser la SNBC pour éviter que la politique publique ne réduise à néant les gains obtenus ailleurs. À court terme, la question est concrète : sans mesures correctrices, la France risque de devoir repenser sa feuille de route vers 2050, en intégrant plus strictement la protection des forêts comme composante non négociable de la neutralité carbone.
Le rapport, qui s’appuie sur des données publiques et des calculs internes à l’ONG, relance le débat sur l’arbitrage entre exploitation forestière et services écosystémiques, un enjeu dont dépend en partie la stratégie climatique nationale pour les décennies à venir.
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