À quelques jours de la sortie de son nouveau roman, Boualem Sansal s’est exprimé sur France Inter ce mardi 26 mai, évoquant sa détention en Algérie ainsi que le choix éditorial qui a déclenché une vive controverse. Ses déclarations relancent le débat sur l’indépendance des maisons d’édition et le positionnement des auteurs face aux propriétaires de grands groupes.
Interrogé à propos de sa fracture avec Gallimard et de son arrivée chez Grasset, l’écrivain a livré une lecture personnelle des événements, tant sur le plan politique que sur le plan contractuel. Son témoignage éclaire les tensions récentes dans le milieu littéraire français et pose des questions sur la transparence des relations entre auteurs et éditeurs.
Sansal a expliqué que son départ de Gallimard répondait à plusieurs motifs : d’une part des désaccords sur la stratégie adoptée pour obtenir sa libération d’Algérie, d’autre part des difficultés matérielles, notamment la mise à disposition d’un logement à Paris et la manière dont il a été sollicité pour le libérer.
Sur le transfert vers Grasset — filiale du groupe Hachette détenu par Vincent Bolloré — l’écrivain a dit avoir été surpris par la virulence du mouvement d’auteurs qui ont choisi de quitter la maison après le limogeage d’Olivier Nora. Il a notamment interrogé la chronologie : pourquoi s’en émouvoir quatre ans après l’entrée au capital ? Pour Sansal, la question centrale n’est pas tant le départ d’un directeur que la présence du groupe Bolloré à la tête de la maison.
- Mi-mars : annonce du départ de Boualem Sansal de Gallimard.
- Mars : signature annoncée avec Grasset, propriété du groupe Hachette.
- Quelques semaines plus tard : Olivier Nora, directeur de Grasset depuis 26 ans, est brusquement remercié.
- Réaction collective : des dizaines d’auteurs publient un texte dénonçant la mainmise présumée d’un grand groupe sur la culture.
- Avance : Sansal évoque une proposition financière d’environ 1 million d’euros.
- 2 juin : parution du roman La Légende, dans lequel il revient sur sa détention.
Le départ d’Olivier Nora a déclenché une tribune signée par plus de 300 auteurs et professionnels du livre réclamant notamment l’instauration d’une clause de conscience permettant aux écrivains de rompre leurs contrats si la propriété d’une maison d’édition change de nature. Parmi les signataires figurent des noms reconnus issus de différentes maisons d’édition, ce qui montre l’ampleur de la préoccupation au sein du monde littéraire.
Interrogé sur l’offre financière qui lui a été faite, Sansal a confirmé être tombé sur une avance nettement supérieure à celle qu’on lui proposait chez Gallimard, ce qu’il a qualifié d’étonnant. Pour lui, la question économique ne suffit pas à expliquer l’explosion de la polémique : elle met surtout en lumière l’inquiétude des auteurs face à l’emprise potentielle d’investisseurs puissants sur la sphère culturelle.
Les implications sont concrètes : la controverse relance le débat sur la gouvernance des maisons d’édition, la liberté éditoriale et les protections que peuvent obtenir les auteurs. Si la proposition d’une clause de conscience gagnait en traction, elle pourrait redessiner les pratiques contractuelles entre auteurs et éditeurs.
Dans l’entretien, Sansal a dit se sentir bien chez son nouvel éditeur et a confirmé la parution de son ouvrage La Légende le 2 juin, où il revient sur son emprisonnement et son opposition au régime algérien. Son cas, à la croisée des enjeux littéraires, politiques et économiques, devrait rester au centre des discussions dans les semaines qui viennent.
Points à suivre :
- Évolution de la tribune des auteurs et réactions des maisons d’édition concernées.
- Éventuelle adoption d’une clause de conscience et ses modalités juridiques.
- Accueil critique et commercial du roman de Sansal après sa parution.
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