Le Belge Noël Godin, connu pour avoir fait de la tarte à la crème un geste politique et satirique, est décédé dimanche 23 août à 80 ans, a indiqué sa compagne à l’AFP. Sa disparition relance le débat sur la frontière entre protestation ludique et atteinte physique à des personnalités publiques, à l’heure où les images virales propagent instantanément ce type d’action.
Un prank devenu geste symbolique
Noël Godin, alias Georges Le Gloupier, s’est illustré pendant plusieurs décennies en ciblant des hommes et femmes publics qu’il jugeait arrogants. Née d’un mélange d’irrévérence et d’humour militant, sa pratique — l’« entartage » — a inspiré de nombreux imitateurs à travers le monde.

Son entourage a confirmé qu’il est mort tôt dans la matinée de dimanche. Journaliste de cinéma et humoriste de formation, il avait fait du geste une forme de contestation culturelle, souvent relayée par la presse et, plus tard, par les réseaux sociaux.
Des cibles célèbres et des répercussions judiciaires
Au fil des années, Godin a visé des figures très en vue — intellectuels, cinéastes, hommes politiques et leaders d’entreprises. Certaines victimes n’ont pas engagé de poursuites ; d’autres ont porté l’affaire devant la justice.
- Marguerite Duras — sa première « victime » réelle : la romancière fut atteinte par une tarte le 11 novembre 1969, événement qui marque le passage du geste d’un récit de presse à une action concrète.
- Bernard-Henri Lévy — visé à plusieurs reprises ; Godin revendiquait de l’avoir atteint à plusieurs occasions.
- Jean-Luc Godard — parmi les réalisateurs pris pour cible par l’entarteur.
- Bill Gates — qualifié par Godin comme son « meilleur coup » dans plusieurs entretiens médiatiques.
- Nicolas Sarkozy — en 1997 Godin a admis avoir organisé l’attaque via des complices, restant en retrait pour éviter d’être identifié.
- Jean‑Pierre Chevènement — l’ancien ministre a porté plainte après un entartage en mars 2002 au Salon du livre et Godin a été condamné à une amende de 800 euros.
Les actes de Godin ont souvent été perçus de manière ambivalente : pour certains, il s’agissait d’une satire physique de l’égo des puissants ; pour d’autres, d’une agression, même si généralement non dangereuse physiquement. Les réactions judiciaires ont varié selon les contextes et les pays.
Origines et méthode
Né à Liège le 13 septembre 1945, Godin a d’abord pratiqué l’irrévérence sur le papier, inventant des personnages et des scénarios dans une revue de cinéma. L’un de ces récits mettait en scène son double fictif ; la fiction s’est ensuite muée en action concrète lors d’une visite de Marguerite Duras en Belgique.
Sa technique était simple : une tarte à la crème projetée au visage de la cible, parfois orchestrée avec des complices. Le geste, théâtral, était calculé pour produire des images et un message plus que pour infliger des blessures.
Pourquoi cela compte aujourd’hui
La mort de Godin intervient dans un paysage médiatique où chaque geste de désobéissance peut devenir viral en quelques heures. Les entartages d’hier trouvent de nouveaux avatars aujourd’hui, et posent des questions sur le rôle de la satire physique, la responsabilité des imitateurs et la manière dont la justice encadre ce type d’action.

À l’ère des vidéos instantanées, un geste conçu comme une performance humoristique peut rapidement dégénérer en incident aux conséquences juridiques et politiques importantes.
En bref
Héritier d’une tradition de provocation, Noël Godin laisse derrière lui une empreinte paradoxale : célébré par certains comme un satiriste hors norme, critiqué par d’autres comme un fauteur de troubles. Sa disparition ferme un chapitre emblématique de la culture contestataire européenne du XXe siècle.
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