Le 27 juin à Porto, la chanteuse Dua Lipa a inauguré une bibliothèque éphémère qui prend position contre les tentatives contemporaines de museler la parole. Installée dans la mythique Livraria Lello, cette initiative met en lumière des ouvrages souvent visés par des interdictions, un sujet devenu brûlant notamment aux États-Unis.
Une extension physique de son club de lecture
Fruit du succès de son club Service95, la nouvelle structure, baptisée Manifesto Library, offre une sélection de cent titres choisis pour leur capacité à interroger le pouvoir et les régimes de contrôle de l’information.
Selon la présentation du projet, la collection rassemble des livres qui ont suscité des controverses, été retirés de bibliothèques scolaires ou mis à l’index en raison de leurs thèmes — race, sexualité, droits LGBTQIA+ ou critiques politiques. Dua Lipa a qualifié le montage de collaboration idéale, rappelant que la lecture reste un vecteur de compréhension entre cultures.
Une réponse aux « book bans »
La Manifesto Library se veut une réaction aux vagues d’interdictions de livres, phénomène particulièrement visible ces dernières années aux États-Unis où certains élus conservateurs ont retiré des ouvrages des rayons scolaires.
Parmi les ouvrages exposés figurent des titres emblématiques et des auteurs ciblés par des attaques politiques ou physiques : des romans dénoncés par des responsables républicains, ou encore les œuvres de Salman Rushdie, cible historique d’une fatwa et d’une attaque violente.
Sur son compte Instagram, l’artiste a partagé des photos de l’espace — mobilier, étagères et affichages — pour souligner le caractère militant et pédagogique de cette pause littéraire.
Que trouve-t-on dans la sélection ?
- La Servante écarlate (Margaret Atwood) : régulièrement contestée aux États-Unis pour son contenu et ses thématiques.
- Ouvrages de Salman Rushdie : symboles des risques encourus par des écrivains critiquant certains dogmes.
- Textes traitant de race et de sexualité : fréquemment retirés des programmes scolaires dans plusieurs districts.
- Œuvres destinées à des publics LGBTQIA+ : parfois exclues des expositions ou des bibliothèques pour des motifs moraux.
La liste complète des cent titres n’a pas été rendue publique dans son intégralité au moment de l’ouverture, mais la sélection se veut transversale et internationale.
Ce que cela implique aujourd’hui
Au-delà du geste symbolique, cette bibliothèque soulève des questions concrètes : qui décide de ce qu’il est légitime de lire, et quelles conséquences ces décisions ont-elles sur l’éducation et la culture ?
D’après un bilan de PEN America relayé par la presse spécialisée, environ 401 personnes étaient détenues ou emprisonnées en 2025 dans 44 pays en lien avec leurs écrits ou leur activité d’auteur — un indicateur de la violence parfois exercée contre la liberté d’expression.
La Manifesto Library se présente donc comme un espace de conservation et de visibilité pour des voix menacées, mais aussi comme une invitation au débat public sur la circulation des idées.
Perspectives
Sur le plan médiatique, l’initiative arrive au cœur d’un débat déjà très présent dans les institutions scolaires et culturelles. Pour les lecteurs, c’est une opportunité de découvrir ou redécouvrir des textes censurés et de mesurer les enjeux actuels autour de la liberté de lecture.
Reste à voir si ce type d’action — ponctuelle mais visible — poussera d’autres acteurs culturels à défendre plus ouvertement l’accès aux œuvres jugées controversées.
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